On la conduit au cimetière où elle découvre son frère parmi les cinq corps que l’on vient de retrouver en forêt. On lui demande de creuser une fosse qu’on lui réserverait ! Conduite au carrefour du Coisel en compagnie d’autres femmes, elle sera tondue. On ne sait pas s’il s’agit un tribunal local de FFI ou du Tribunal des Andelys mais Mado est condamnée à une interdiction de séjour à Lisors au motif de « fréquentation de l’ennemi ». Mado et sa grand-mère sont alors hébergées à Pitres chez une cousine, Marguerite Bétille.
Au lieu d'écouter sa grand-mère lui demandant de se taire, la jeune Mado se lance dans une campagne épistolaire détaillant et se plaignant de l'injustice de son traitement. Des semaines plus tard, on frappe à sa porte et les autorités du nouveau gouvernement l'emmènent et l’emprisonnent. Sa captivité va durer un an, elle a mentionné avoir eu ses 18 ans le 5 juin 1945 en prison. Elle décrit l'établissement comme un « camp » plutôt qu'une prison, hébergée chez un fermier et sa fille.
Mado a déclaré n'avoir jamais eu de procès, mais avoir été libérée sans ménagement et sans avertissement, par une nuit froide.
À cette époque, sa grand-mère et son père ont dû se battre activement pour elle. Elle ne parle pas de ses retrouvailles. Ses seuls commentaires portent sur le fait qu'à sa libération et de retour à Lisors, elle a été refoulée de l'église. Cela ne l'a pas rapprochée de l'Église Catholique. Cette captivité l'a hantée toute sa vie. Elle a toujours eu des opinions bien arrêtées sur les prisonniers politiques.
Elle retourne ensuite à Paris avec sa grand-mère, retrouve son père, s’inscrit à l'université préparer l'entrée à l'Ecole Normale Supérieure, souhaite embrasser la carrière de journaliste. Ne trouvant pas de travail, elle accepte des missions sporadiques de photojournalisme. En 1954, âgée de 27 ans, elle embarque à bord du paquebot Queen Elizabeth pour traverser l'Atlantique afin d’épouser à New York un touriste rencontré à Paris, Philip Kaplan.
Dolorès, sa fille, témoigne ainsi : «Mado était une française fière, connue pour son bel accent français, introduisant la cuisine française dans les années 60 dans un pays qui ne savait pas apprécier la gastronomie, sa belle maison regorgeant de trésors normands. C'était une personnalité appréciée de tous. Elle aimait la vie et n'hésitait pas à partager son histoire, témoignage d'une profonde bonté et de la capacité à surmonter les épreuves. J'ai trouvé un bloc-notes où ma mère prenait des notes pour de petites conférences qu'elle donnait dans les lycées locaux sur son histoire. Nous vivions dans une petite ville où il n'y avait pas beaucoup d'étrangers, alors elle a raconté une histoire inconnue. Mado s'est montrée résolument anti-guerre et anti-armes à feu toute sa vie. »
Mado et son mari, avocat, auront trois enfants, un garçon et deux filles. Mado ne s'adaptera pas aux méthodes américaines de management et ne fera pas carrière. Ses nuits seront parfois hantées par les souvenirs de la guerre.
En mars 1953, la Cour d'Appel de Rouen rétablit dans son honneur Marie Madeleine Vallat.
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